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Introduction au Tissage avec des « tablettes »

Vaguement traduit de l’anglais à partir de « Tablet weaving, Ancient Art Fellowship », association dont j'ai fais partie il y a quelques années, et complété de nouveaux exemples et explications pars mes soins.

 

Cette méthode de tissage permet de produire des bandes de textiles qui peuvent être utilisées comme ceintures, lanières, bretelles ou comme gallons pour décorer des bordures de vêtements. C’est une des plus vieilles techniques textiles européennes dont on peut tracer l’origine au moins jusqu’au début de l’age du fer. C’est un très bon moyen d’occuper ses mains pour abandonner la cigarette ou le chocolat, et qui permet en outre de produire autre chose que des rognures d’ongles.

 



Pour commencer, vous avez besoin d’un métier à tisser. Ça ressemble à ça :

 



Ce métier est fait en bois avec des tiges en bois ou en métal à chaque extrémité (des gros clous font l’affaire). Il est préférable que ces tiges aient un certain angle vers l’extérieur du métier. De cette façon, pendant le tissage, la tension produite s’annulera à mesure que les fils glisseront sur les tiges. Dans l’ensemble, le métier est très simple à construire, c’est le tissage qui vous ralentira.

Vous aurez également besoin de cartes, ou « tablettes ». Le nombre de cartes nécessaires dépendra du type de motif que vous utiliserez, mais 16 cartes est un bon nombre pour commencer. Ces cartes ont besoin d’être fines, elles peuvent être en carton, en corne ou en bois et ressemblent à ça :

 

Il y a un trou par coin pour permettre le passage des fils.


 

La préparation du métier :


Nous allons utiliser le motif ci-dessous comme exemple pour la manière d’installer le métier, de commencer à tisser et de finir le tissage. Nous verrons davantage d’explications sur les motifs plus loin. Vous pouvez choisir n’importe quel motif qui vous plaise notamment parmi les exemples à la fin de cet article, le motif ci-dessous n’est qu’un exemple (et je ne pense pas qu'il donne un résultat intéressant, la largeur produite risque d'être trop peu importante pour voir quelquechose, c'est juste pour illustrer le principe).



Choisissez le motif que vous voulez créer et les couleurs que vous comptez utiliser. Comptez le nombre de tablettes dont vous aurez besoin (sachant qu’il faut une carte/tablette par ligne). Dans notre exemple, il faut 3 cartes (le nombre de colonne est fixe car il n’y a que 4 trous A, B, C et D par carte).
Coupez les fils de laine. Pour déterminer combien de fils vous avez besoin, regardez votre motif et comptez combien de carrés de chaque couleur vous avez. Dans notre exemple, il y a 8 carrés gris et 4 carrés blancs. Il vous faut donc 8 longueurs de fil de votre première couleur et 4 longueurs de votre seconde couleur. Comptez à peu près 1 fois et demie la longueur finale que vous désirez (si vous voulez 1 mètre de lanière tissée, découpez des fils de 1.5 m).
Sur le motif, chaque colonne est nommée A, B, C ou D. Elles réfèrent aux trous sur vos cartes :



A côté de chaque ligne, une flèche indique la direction dans laquelle la laine doit passer dans la carte. Une flèche vers le bas indique que le fil est passé du dessus vers le dessous de la carte. Une flèche vers le haut indique que le fil est passé du dessous vers le dessus. La façon dont les fils passent dans les cartes affecte la texture du tissage (voir plus bas).
Prenez votre première tablette, elle correspond à la ligne du bas de votre motif. Prenez les fils correspondants (dans notre exemple, deux fils gris et deux fils blancs). Attachez-les à une des deux tiges de votre métier. Passez un fil gris dans le trou A en passant du bas vers le haut de la tablette (flèche vers le haut, et case grise en A), un fil blanc en B, un fil blanc en C et un fil gris en D. Pour faciliter les étapes ultérieures, mettez les fils qui sortent de A et D d’un côté du métier et les fils qui sortent de B et C de l’autre coté :


Faites de même avec les autres cartes en « remontant » votre motif à partir du bas. Dans notre exemple, la carte suivante aura 4 fils gris insérés de bas en haut, puis la dernière carte aura deux fils gris et deux blancs comme la première carte.


Une fois toutes les tablettes installées, tenez les extrémités libres des fils (gardez les en deux groupes distincts, les A, D d’un côté et les B, C de l’autre) et faites glisser les tablettes quelques fois le long des fils de façon à démêler et à tendre tous les fils de la même façon. Attachez les deux groupes de fils (AD et BC) à votre deuxième tige (celle de droite sur le schéma ci-dessus) en les enroulant dans des directions opposées puis en faisant un nœud tout en maintenant une certaine tension dans votre montage.


Votre métier est presque prêt.


L’étape suivante est de préparer la navette avec le fil de trame.


Le fil de trame ne se verra que sur la tranche de votre lanière et ne fait pas partie du motif (enfin presque, dans certaines conditions il est possible qu'il apparaisse dans le motif, j'y reviendrai). Il est donc important de choisir une couleur qui soit se confondra avec les couleurs du motif, soit qui sera en contraste pour contraster la tranche de votre lanière. Enroulez votre fil de laine autour de la navette jusqu’à ce que vous en ayez une certaine quantité. Il vous en faut assez pour finir votre lanière mais pas trop de façon à pouvoir quand même passer au travers de l’espace entre les fils. Attachez l’extrémité de votre fil de trame à proximité de la tige où sont attachés tous vos fils (la tige de gauche sur le schéma ci-dessus) de façon à prendre tous les fils. Puis passer votre navette de bas en haut au travers de l’espace déterminé par l’ensemble des fils AD et l’ensemble de fils BC (vous avez en fait un triangle dont le sommet est votre tige et dont la base est le bord de vos cartes, vous devez passer votre navette dans ce triangle).

 



Vous êtres prêts à tisser :


Théoriquement votre fil de trame dépasse par le haut de votre montage. Tournez toutes les tablettes d’un quart de tour vers la droite (dans le sens des aiguilles d’une montre). Déplacez les tablettes le long des fils de façon à mettre les fils en place et de recréer l’espace (ou le triangle) dans lequel vous devrez passer votre navette. En images (sur une bande en cours de tissage):

 

 

Passez votre doigt dans cet espace et « tassez » les fils vers la tige de gauche. Faites de même à droite des cartes. Passez votre navette dans l’espace à gauche de vos cartes de haut en bas. Tournez de nouveau d’un quart de tour vers la droite toutes vos cartes. Recréez l’espace en bougeant les cartes de long des fils, tassez avec le doigt, repassez votre navette dans le sens opposé (donc de bas en haut si vous avez suivi les explications).

 

Recommencez toutes ces étapes jusqu’à ce que les cartes soient revenues dans leurs positions initiales (donc 4 quarts de tour à droite). Vérifiez régulièrement l’empilement de vos cartes de façon à ce que les fils d’une carte ne passent pas par-dessus ou par-dessous une carte voisine mais qu’ils restent bien dans leur « plan ». Vous venez de tisser la première unité de votre motif, vous devez théoriquement reconnaître votre motif. Continuez à tisser et votre motif se répétera :

Il faut quatre quarts de tour pour avoir un motif :

Après 12 quarts de tour vers la droite, le motif est répété 3 fois.


Au fil du tissage, les fils s’emmêleront de plus en plus sur la partie à droite des cartes, ne vous inquiétez pas, continuez jusqu’à ce qu’il soit difficile de tourner les cartes. À ce moment, détachez vos fils de la tige de droite, et démêlez. Profitez-en pour détacher également la partie de lanière tissée qui est maintenant attachée à la tige de gauche et décalez l’ensemble de votre ouvrage pour continuer.
La largeur de votre lanière est contrôlée par la tension que vous exercerez sur le fil de trame:

et la « rigidité » de votre tissage est contrôlée par la force à laquelle vous allez pousser les fils avec le doigt pour recréer le triangle dans lequel vous allez passer votre navette:


Pour finir votre lanière, plusieurs possibilités sont offertes à vous. Vous pouvez faire un gros nœud avec tous les fils, ou rabattre les extrémités de votre lanière et les coudre, ou encore tisser chaque fil dans votre lanière.


Les quelques dessins suivants indiquent l’effet obtenu en fonction du sens dans lequel passent les fils dans les cartes :
Exemple 1 : tous les fils passent du haut vers le bas sur les 4 cartes :



Exemple 2 : les fils des cartes 1 et 3 passent du haut vers le bas, les fils des cartes 2 et 4 passent du bas vers le haut :


Exemple 3 : les fils des cartes 1, 2 et 3 passent du haut vers le bas et les fils des cartes 4, 5 et 6 passent du bas vers le haut :




Les motifs :


Pour créer vos propres motifs, vous avez besoin d’avoir une vague idée de l’aspect final de votre lanière. Les Zigzags, carrés, cercles, losanges sont assez simples à tisser, mais des motifs plus complexes peuvent également être réalisés. Il est également possible d’inverser le motif en tournant vers la gauche.

Exemples de motifs :


Exemple 1 :
Motif à 4 cartes :

En tournant les cartes d’un quart de tour toujours dans le même sens : rayures




En tournant les cartes quatre quarts de tour vers la droite puis quatre quarts de tour vers la gauche : ligne ondulée






Exemple 2 :
Motifs à 7 cartes :


En tournant les cartes toujours vers la droite.



Motifs à 8 cartes :


Exemple 3 :


Toujours dans le même sens :


En tournant les cartes quatre quarts de tour vers la droite puis quatre quarts de tour vers la gauche:




Exemple 4 :


Toujours en tournant vers a droite :




Exemple 5 :

En tournant les cartes toujours vers la droite :


En tournant 4 quarts de tour vers la droite puis 4 quarts de tour vers la gauche :



Exemple 6 :

En tournant toujours dans le même sens :

En tournant les cartes quatre quarts de tour vers la droite puis quatre quarts de tour vers la gauche




Exemple 7 :


En tournant toujours dans le même sens :


En tournant les cartes quatre quarts de tour vers la droite puis quatre quarts de tour vers la gauche





Exemple 8 :

En tournant toujours dans le même sens :


En tournant les cartes quatre quarts de tour vers la droite puis quatre quarts de tour vers la gauche




Exemple 9 :

Toujours dans le même sens :

En tournant les cartes quatre quarts de tour vers la droite puis quatre quarts de tour vers la gauche

En tournant les cartes huit quarts de tour vers la droite puis huit quarts de tour vers la gauche


Exemple 10:

Variation de l'exemple 9, en 10 plaquettes au lieu de 8 et en photos !

La case B1 est blanche car je n'avais plus assez de fil vert... C'est pour ca que vous verrez sur les photos un peu de blanc à intervalle régulier sur la bordure du haut.

En tournant toujours à droite:

Les traits rouges indiquent la répétition du motif:

On voit aussi sur le bord inférieur le fil de trame blanc tous les deux points. Il est plus ou moins visible en fonction du "serrage" du fil de trame.

 

En tournant à gauche:

 

En tournant 4 1/4 de tour à droite puis 4 1/4 de tour à gauche (trois fois de suite sur la photo):

Là encore, au changement de sens, on voit un point blanc au milieu de la bande qui est le fil de trame. Donc quand on change le sens de rotation, il semble que le fil de trame apparaisse dans le motif.

 

Maintenant en tournant 8 1/4 de tour à droite puis 8 1/4 de tour à gauche (2 répétition de cet enchainement sur cette photo):

Les Traits rouges sont mis tous les 4 quarts de tour dans la même direction (=1 motif). Vous remarquerez que les intervalles entre les traits rouges varient, c'est dû au fait que je n'ai pas toujours "tassé" les fils de la même manière.

 

 

Bref en variant le nombre de 1/4 de tour vers la droite ou vers la gauche, à partir du même motif, on peut arriver à complexifier un peu les motifs obtenus (je vous laisse le soin de trouver comment on peut les faire... ;) ).

 

Vous remarquerez la présence du motif de base sur chaque extrémité de ces exemples (ca vous aidera à compter les 1/4 de tour...)

 

 



Un peu d’histoire :

Les bandes obtenues par ces techniques permettaient de renforcer et de décorer les bordures des vêtements. Il n’était pas rare que le vêtement soit usé avant les bandes qui étaient alors récupérées et réutilisées sur d’autres vêtements. Les bandes pouvaient également servir de monnaie d’échange.



(Reconstitution à partir d’une ceinture retrouvée à Birka, à l’œil, je pense qu’il faut une trentaine de cartes, il existe également des techniques avancées où toutes les cartes ne sont pas tournées en même temps ou en utilisant des cartes à 6 trous)


Les archéologues ont retrouvé dans une tombe à Osberg, une bande partiellement tissée de 52 cartes encore montée sur le métier. Les tisseurs de ces époques utilisaient de la soie mais aussi des fils métalliques.
Autres exemples :